Samedi 17 Juin 2006

Rencontre avec...Dossier. Assia Djebar, une fille d'Algérie à l'Académie française. Contrepoint. Mireille Calle-Gruber,écrivain, professeur de littérature française à l'université Paris III Sorbonne-nouvelle : « Son écriture nomade et de transhumance ». Interview.

«Ce que j'aime chez Assia, c'est qu'elle donne par ses textes un son bien à elle, très travaillé, frappé de l'empreinte rythmique de la langue arabe. Elle est un écrivain de langue française (je n'aime pas le mot francophone, comme si c'était la case en dessous...), ponctuée d'autres voix culturelles, en particulier du monde arabe. Un livre, pour Assia, c'est toujours une architecture : elle le construit, elle l'organise, elle travaille les volumes et les intensités, elle le compose aussi comme un morceau musical. Vous allez voir qu'à l'Académie, elle va construire et faire chanter de nouveaux mots pour le Dictionnaire ! Je m'en réjouis fort.
Son entrée au Quai Conti symbolise cette ouverture de notre langue au monde d'aujourd'hui. Accueillir Assia sous la Coupole, c'est partager pour les Immortels son expérience d'écriture nomade : ce qu'elle appelle elle-même l'écriture de transhumance. Ce n'est pas nous qui l'enfermons dans une institution, mais c'est elle qui nous apporte une respiration à l'air libre. L'Académie française ne peut qu'en bénéficier, qui trouvera avec elle une autre coloration, de nouveaux rythmes à notre langue française, d'autres accents. Et c'est tant mieux ».
Recueilli par J. F.

FICATIER Julia