Mercredi 27 Juin 2007

Ces mots français venus d'ailleurs

L'intégration du lexique arabe dans notre langue remonte loin.

Dictionnaire des mots français d'origine arabe (et turque et persane),

par Salah Guemriche, éditions du Seuil, 2007,

878 pages, 35 euros.

Disons tout de suite que ce gros ouvrage, composé par un écrivain et non un spécialiste, ou plutôt un écrivain qui s'est fait spécialiste, est absolument passionnant et, outre toutes les informations utiles qu'il apporte, se lit avec un grand plaisir, tant par la qualité de son érudition que par l'aspect varié, parfois inattendu, des exemples tirés de la littérature française des époques les plus variées, de Rabelais à Houellebecq, comme l'annonce le sous-titre.

Le plaisir n'exclut pas le sérieux et la gravité. L'auteur cite Rivarol en exergue : « Il n'y a jamais eu sur la terre ni sang pur ni langue sans alliage », et il nous rappelle dans son introduction que le français comporte plus de mots venus (éventuellement à travers l'espagnol) de l'arabe que de mots gaulois, d'alcool à zéro, en passant par aubergine ou potiron.

La page de gauche de chaque rubrique donne une histoire étymologique de chaque mot (qui nous rappelle souvent les polémiques fortement « idéologisées » et, en tout cas, les incertitudes du savoir) ; la page de droite présente une longue citation qui se lit pour le plaisir, mais nous rappelle aussi combien l'intégration des mots arabes en français est ancienne et est devenue une « seconde nature », comme en témoigne cet extrait de Joseph Delteil où sont en gras les mots tirés de l'arabe (p. 38) : « Octomir parut dans l'encadrement, en longue chemise de coton à rayures orange, tenant dans sa main droite une haute bougie allumée... »

Qui ne serait d'accord avec la préface d'Assia Djebar lorsqu'elle insiste sur ce que pourrait une pédagogie de l'emprunt permettant à l'enfant « entre deux rives » de se découvrir « presque chez lui » ? On pourrait ajouter : et à l'enfant qui se pense « chez lui » de se retrouver plus étranger qu'il ne croyait.

Frédéric François, linguiste