Samedi 24 Juin 2006

LA ROMANCIÈRE ALGÉRIENNE REÇUE À L'ACADÉMIE FRANÇAISE

UN AN APRÈS son élection à l'Académie française, le 16 juin 2005, au fauteuil du professeur Georges Vedel, la romancière Assia Djebar a été accueillie hier par Pierre-Jean Rémy et a prononcé son discours d'intronisation. L'auteur de Femmes d'Alger dans leur appartement (Le Livre de poche) est le premier écrivain du Maghreb à siéger sous la Coupole.

Née en 1936 à Cherchell, à l'ouest d'Alger, elle a écrit en français de nombreux livres - romans, nouvelles, théâtre, essais -, traduits en vingt et une langues. Elle y traite de l'histoire algérienne, de la condition des femmes et des conflits linguistiques.

Pierre-Jean Rémy et Assia Djebar ont souligné le caractère symbolique d'une élection qui marque la reconnaissance de la question coloniale au coeur de cette institution. " En cette période si grise de la pensée où une même langue de bois s'étend à tous les domaines du discours (...), en ce lieu qui demeure l'un des ultimes refuges d'une vraie liberté de pensée, je sais qu'il peut être difficile d'évoquer le destin d'une Algérienne dont tant de frères sont morts sous des balles françaises ", a affirmé Pierre-Jean Rémy.

Après avoir vigoureusement rappelé les maux de la colonisation, la romancière a, comme dans ses livres, rendu hommage à son père, instituteur dans un village de montagne, ainsi qu'aux femmes de sa lignée maternelle et à leur art de la parole.

L'universitaire, qui enseigne depuis 2001 au département d'études françaises de New York University, a salué ses maîtres intellectuels et les savants originaires de sa terre et de l'Andalousie arabe, de saint Augustin à Averroès ou Ibn Khaldoun.

Avant cette séance sous la Coupole, sur un ton moins formel, Assia Djebar s'est réjouie d'occuper le fauteuil de Georges Vedel, doté du numéro cinq : " Un chiffre précieux, puisqu'il évoque pour moi le symbole de la main de Fatma.  "

Catherine Bédarida,Le Monde